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Les alpages

De l’herbe…

En Pays de Savoie, 250 communes sont concernées par le pastoralisme et possèdent au moins une unité pastorale* sur leur territoire. La plupart des stations d’été et d’hiver sont concernées.

1920 unités pastorales sont recensées, ce qui représente au total 232000 hectares, soit 20 % de la surface totale des 2 départements et près de la moitié de leur surface agricole utile totale**.

Ces alpages appartiennent pour moitié aux communes, l’autre moitié à des propriétaires privés, des indivisions et d’anciennes sociétés issues des "albergations" du Moyen Age.

* Unité pastorale : portion de territoire toujours en herbe d’au moins 10 hectares exploitée par pâturage extensif. Le cheptel y est présent de façon saisonnière pour des raisons d’altitude ou de climat, sans retour journalier possible au siège de l’exploitation.

** Surface agricole utile totale = SAU des exploitations + alpages exploités collectivement et non rattachés à une exploitation au sens du Recensement Général de l’Agriculture.
 

Des hommes et des emplois…

3700 éleveurs utilisent ces alpages, soit à titre individuel, soit à titre collectif en confiant leurs animaux en pension, généralement à des groupements pastoraux.
Le maintien du système agropastoral ancestral qui préserve l’équilibre entre les sièges d’exploitation et les alpage est essentiel à l’agriculture des Savoie.

Depuis près de 20 ans, un groupement pastoral commun aux deux départements rassemble 65 éleveurs (Savoyards, Hauts-Savoyards et Isérois) pour l’organisation de la transhumance hivernale de génisses vers l’Ardèche et le Var. Il permet l’hivernage de 600 génisses dans les pare-feu du Var et contribue ainsi à la défense des forêts contre les incendies…

On dénombre 220 à 250 bergers salariés, en majorité en Savoie. Il convient d’ajouter à ce chiffre 25 à 30 fromagers d’alpages laitiers collectifs.

Les bergers salariés des Savoie sont regroupés en une association dénommée "Profession Berger", active en terme de reconnaissance de la profession, structuration du métier, formation et communication. C’est Delphine OGGERI, bergère à Granier et championne du monde de ski/alpinisme avec Valérie DUCOGNON, qui préside aujourd’hui cette association.

Par ailleurs, les bergers constituent un maillon important de l’opération "Un berger dans mon école" initiée par les Sociétés d’Économie Alpestre des deux départements savoyards.

Des animaux…

Les bovins sont présents dans tous les massifs, les alpages savoyards sont des alpages laitiers avant tout. On dénombre ainsi 23000 vaches laitières surtout de races Abondance et Tarine, races fétiches et "tout terrain" des Pays de Savoie.

Le nombre des laitières en alpage est en légère augmentation depuis 10 ans alors que, dans le même temps le cheptel bovin des deux départements savoyards a régressé. Un cas unique pour l’ensemble de la montagne dû pour partie à l’organisation de nos productions fromagères sous label de qualité et à la force de l’image des Alpages dans l’esprit des consommateurs.

32000 autres bovins (génisses, vaches allaitantes, animaux de boucherie) parcourent également les alpages ainsi que 160000 ovins dont 100000 sont issus de la grande transhumance en provenance du sud de la France. Et puis, on peut rencontrer également 11000 chèvres laitières, chiffre en nette augmentation ces dernières années ainsi que 900 chevaux, principalement en Haute-Savoie.

Des produits et des travaux…

Autre fait exceptionnel au niveau national, on compte dans les alpages des Pays de Savoie 300 ateliers de fabrication fermière saisonnière avec 6 fromages sous signes de qualité : Reblochon, Beaufort, Tomme, Abondance, Tome des Bauges, Chevrotin,... ainsi qu’un label "Agneau d’Alpage".

Le chiffre d’affaire annuel de l’ensemble des productions d’alpages (lait, fromages et viandes) pendant 120 jours en moyenne est estimé à 27 millions d’euros (176 millions de francs) par les Sociétés d’Économie Alpestre.

Chaque année il se réalise sur les alpages 3 à 3,2 millions d’euros (20 à 21 millions de francs) de travaux d’équipement et améliorations qui concernent les accès, l’eau, les toitures, les bâtiments, les salles de traite, la mise aux normes des ateliers de fabrication, l’énergie, le débroussaillement, la réalisation de sentiers et passages facilitant la randonnée ainsi que la réalisation de lieux d’accueil et de séjour. L’ensemble de ces travaux est conduit par les Services Alpages des deux départements en lien avec les Services des Chambres d’Agriculture et les Directions de l’Agriculture et de la Forêt.

Les financements sont assurés par les propriétaires privés ou publics et environ 40 % d’aides provenant de la Région Rhône-Alpes, des Conseils Généraux et, dans certains cas de l’État.

Dans un environnement naturel et culturel remarquable…

Au fil des siècles, les éleveurs de montagne ont façonné des paysages, inventé des modes d’exploitation durables et ont constitué des réserves de biodiversité incontestables.

Au-dessous de 1700 mètres en effet, c’est le royaume de l’arbre et les alpages ont, en fait, été conquis, "essartés", sur le domaine forestier. Lorsque la "force de tonte" des animaux diminue ou disparaît la forêt reprend naturellement ses droits.

Cet équilibre écologique et paysager entre pâture et forêt est une conséquence directe des pratiques séculaires de l’agropastoralisme et du pacte ancien qui lie, en montagne, l’homme, l’herbe et l’animal.

Les éleveurs sont les gardiens de ce pacte vis-à-vis de la société. A ce titre, ils souhaitent pouvoir vivre de leur activité et être soutenus dans leurs pratiques.

Si les alpages hébergent en été des animaux domestiques, ils abritent également de façon permanente une faune sauvage très variée avec des espèces directement inféodées aux pratiques pastorales : insectes, oiseaux, petits et gros mammifères…

Les alpages recèlent aussi de nombreux lacs et réserves d’eau et de multiples zones humides. Bon nombre de captages publics et privés sont situés dans des périmètres pastoraux. La préservation de ces ensembles, la protection des périmètres de captage ainsi que la gestion intégrée des hauts bassins versants constituent un véritable défi pour les deux départements et leur population croissante.

Faire vivre et évoluer les techniques et la culture alpestre en relation, en harmonie avec les grands pôles urbains régionaux, et avec nos voisins suisses et italiens, tel est le défi que nous devons relever pour la cause de nos montagnes. Les journées de l’alpage de Megève en alternance avec le Festival des Métiers de Montagne de Chambéry, constituent pour cela une formidable tribune ; merci à tous nos partenaires financiers de l’avoir compris, et particulièrement à nos partenaires institutionnels : les Conseils Généraux de Haute-Savoie et de Savoie, l’Assemblée des Pays de Savoie, le Conseil Régional Rhône-Alpes ainsi que les Services de l’État.

Pierre Lachenal et Pierre Guelpa

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